L’écosystème Palantir. Palantir est devenu le symbole d’une certaine forme de fusion entre la rhétorique techno-futuriste de la Silicon Valley et les politiques liberticides de l’administration Trump – une réputation sulfureuse délibérément entretenue par ses dirigeants, comme Peter Thiel ou Alex Karp. À l’occasion de l’AG annuelle de Palantir, nous publions une enquête en deux volets sur cette multinationale porte-flambeau de l’internationale réactionnaire qui est aussi très bien intégrée dans le monde économique et qui s’est également lancée à la conquête de l’Europe. La France est son troisième marché mondial. Premier volet ici, deuxième volet là.
TotalEnergies : une assemblée générale très suivie. Le 29 mai, c’était l’AG annuelle du groupe TotalEnergies à La Défense. Comme chaque année ou presque, l’événement a bénéficié d’une forte attention médiatique, en plein débat sur les « superprofits » réalisés par le groupe sur fond de guerre en Iran et sur leur juste taxation (lire notre dossier). Plusieurs organisations de la société civile ont organisé une action ce jour-là devant le siège de TotalEnergies pour dénoncer le « soutien financier et politique dont continue de bénéficier le groupe », notamment de la part de l’Etat français (en s’appuyant entre autres sur nos révélations sur la présence de la Caisse des dépôts à son capital pour 1,7 milliard d’euros). Des associations environnementales ont adressé un signalement à l’Autorité des marchés financiers, dénonçant les déclarations de TotalEnergies sur sa stratégie climatique comme « potentiellement trompeuses », tandis que Transparency a ciblé, sur la même base, les argumentaires de lobbying adressés par le groupe au gouvernement. Cerise sur le gâteau : outre-Atlantique, sept États dirigés par les Démocrates ont attaqué en justice l’accord conclu par TotalEnergies et l’administration Trump en échange du renoncement à des projets d’éoliennes en mer.
La France, patrie des datacenters. Lundi 1er juin, dans le cadre du sommet Choose France, l’Elysée a annoncé une série de nouveaux investissements dans l’Hexagone. Dans leur immense majorité, ces annonces concernent des projets de datacenters de grande taille portés par des gros acteurs financiers internationaux (Softbank, Brookfield), avec quelques miettes pour des sociétés françaises pour faire bonne figure. Voilà à quoi semble se réduire désormais la politique économique du gouvernement. Parmi les projets annoncés, un nouvel investissement de MGX, le fonds émirati déjà derrière Campus IA à Fouju et (indirectement) DataOne à Grenoble, lié étroitement à la fois avec les Big Tech, Trump et sa clique, la Chine et l’appareil sécuritaire émirati (lire notre enquête et plus globalement notre série sur le boom des datacenters en France). Toujours sur ce même dossier, le projet de Google près de Châteauroux a franchi une nouvelle étape, comme nous le révélons dans un récent article : une enquête publique devrait avoir lieu à l’automne... avec beaucoup de doutes sur les informations disponibles et donc la qualité du débat.
Start-up députés. La vidéosurveillance algorithmique se déploie en France non seulement dans l’espace public, avec la loi JO, mais aussi dans les commerces, sans le cadre juridique nécessaire. Des startups comme Veesion ont lancé une campagne de lobbying de longue haleine pour obtenir la légalisation de ces pratiques, avec le soutien des géants de la distribution et de députés. Le tout au nom d’une « innovation » qui pose de nombreuses questions. Enquête à lire sur notre site.
TotalEnergies encore : les profits russes. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine et malgré les sanctions, TotalEnergies continue d’inonder les marchés français et européen de gaz russe, issu du projet Yamal LNG dont le groupe français est à la fois un actionnaire clé et le principal client (lire notre enquête). L’ONG Arctida, spécialisée dans l’investigation sur l’Arctique russe, fait le point les profits que TotalEnergies continue à tirer de ce projet, à la fois à travers les dividendes que touche, quoiqu’il en dise, le groupe, et à travers un contrat de fourniture très avantageux. Une enquête à lire ici.
Hawaii sonne la révolte contre le pouvoir politique des entreprises. L’État de Hawaii vient d’adopter une législation interdisant aux entreprises de s’engager dans des campagnes électorales. Depuis la décision Citizen United de la Cour suprême étasunienne en 2010, presque toutes les barrières ont été levées au niveau fédéral sur le financement de la vie politique américaine, et on a vu certains milliardaires et certaines multinationales investir des dizaines voire des centaines de millions de dollars dans des campagnes politiques. Le soutien financier d’Elon Musk à Donald Trump en 2024 en reste l’exemple le plus éclatant. Plutôt que de chercher à contester directement Citizen United, ce qui serait très compliqué, la nouvelle loi de Hawaii part de l’argument selon lequel les entreprises sont juridiquement constituées par les États où elles sont enregistrées, et conditionne la validité de cet enregistrement à l’absence d’ingérence électorale. Quatorze autres États américains envisagent aujourd’hui d’adopter des mesures similaires. Plus de détails ici.
Méga-marges. Du nouveau dans le débat récurrent sur les prix alimentaires et les profits excessifs que s’arrogeraient les grandes surfaces et/ou l’industrie de la transformation aux dépens des agriculteurs et des consommateurs. La commission d’enquête sénatoriale sur les « marges des industriels et de la grande distribution » a rendu son rapport le 21 mai dernier avec un chiffre choc : sur 100 euros de valeur alimentaire, seulement 8 reviennent à l’agriculteur, 14 à l’industriel et 40 au distributeur. Au-delà de dénoncer cette injustice, les sénateurs pointent les marges cachées réalisées par les groupes de grande distribution, notamment via leurs centrales d’achat. À lire ici.
