Finance

Des États-Unis à la France, de Peter Thiel à Pierre-Edouard Stérin, les « venture capitalists » investissent dans l’extrême droite

Dans le rapprochement entre une partie du monde de la tech et l’extrême droite, les « venture capitalists » jouent un rôle central. Qui sont ces financiers, et pourquoi s’engagent-ils avec la droite extrême ? L’émergence de Pierre-Édouard Stérin en France est-elle le signe que la tech française pourrait suivre le même chemin que la Silicon Valley ?

Publié le 16 octobre 2025 , par Olivier Petitjean

cc Robert Scoble

Elon Musk, Peter Thiel, David Sacks ou encore Marc Andreessen aux États-Unis, Pierre-Édouard Stérin et quelques autres en France... L’alignement entre une partie du monde de la tech et l’extrême droite paraît de plus en plus évident, et un certain type d’homme d’affaires semble jouer un rôle central dans ce rapprochement : les financiers.

On a beaucoup glosé ces derniers mois sur l’engagement des géants du numérique aux côtés de Trump et de la mouvance MAGA, mais ce ralliement concerne davantage les patrons-fondateurs comme Mark Zuckerberg ou Jeff Bezos, et surtout les grands investisseurs du secteur, business angels et venture capitalists (« capital-risqueurs » en français). Comme le rappelle Fabien Foureault, sociologue au Centre des sociologie des organisations de Sciences Po, il faut en effet – dans cette industrie comme dans beaucoup d’autres – distinguer entre le positionnement politique des salariés et celui des dirigeants, les premiers penchant beaucoup plus à gauche, même aux États-Unis [1]. À l’inverse, c’est du sommet de la pyramide, à la croisée entre le secteur de la finance et celui de la tech, que viennent les principaux soutiens politiques de l’extrême droite.

Qui sont ces venture capitalists ? Leurs affinités avec la droite extrême sont-elles nouvelles, et comment s’expliquent-elles ? Peut-on vraiment comparer ce qui se passe aux États-Unis avec Peter Thiel et Elon Musk avec l’émergence de Pierre-Édouard Stérin en France ? Telles sont les questions auxquelles nous apportons des réponses dans cet article

C’est quoi au juste le « venture capital » ?

Le rôle éminent du capital-risque dans l’économie numérique est le pendant du modèle de la « start-up ». Dans les secteurs d’activité traditionnels, les besoins de financement des entreprises émergentes ou établies sont assurés par les banques, qui leur distribuent des crédits après avoir évalué les risques selon des critères bien rodés. Dans l’économie numérique, ce sont les business angels (qui placent leur propre argent, comme c’est le cas de Pierre-Édouard Stérin) et les fonds de capital-risque (qui gèrent l’argent confié par des investisseurs institutionnels) qui jouent ce rôle, intervenant à des stades extrêmement précoces où les entreprises n’existent parfois encore qu’à l’état de concept. Ils acceptent de prendre des risques largement supérieurs à ce qui serait acceptable pour des banques traditionnelles, parce qu’ils attendent, en cas de succès – c’est-à-dire si la start-up grandit et finit par être introduite en bourse ou rachetée par une entreprise plus grosse – une plus-value colossale.

Ils acceptent de prendre des risques largement supérieurs à ce qui serait acceptable pour des banques, parce qu'ils attendent, en cas de succès, une plus-value colossale.

Le capital-risque a été inventé aux États-Unis dans l’après-guerre. Un professeur d’origine française, Georges Doriot, largement considéré comme le père du « venture capital », a créé le premier fonds de ce type après avoir travaillé pour le département de recherche du Pentagone. Les liens étroits du secteur avec la Silicon Valley datent des années 1960 et 1970, mais il ne connaîtra véritablement son envol que dans les décennies suivantes avec l’essor de l’économie numérique et de ses champions.

Une autre particularité de ces investisseurs par rapport aux intermédiaires financiers traditionnels comme les banques est qu’ils interviennent activement dans la gestion des entreprises qu’ils soutiennent. Ils apportent non seulement leur argent, mais aussi leurs conseils et leurs réseaux, les mettant en contact avec des partenaires potentiels et avec d’autres financeurs. Le capital-risque est un petit monde, tissé de réseaux formels ou informels. Les relations entre startuppers et les investisseurs sont très encadrées, sur la base de « business plans » extrêmement précis et codifiés. Autant de facteurs qui peuvent expliquer le silence gêné que tend à provoquer l’évocation de la croisade politique de Pierre-Édouard Stérin dans le milieu de la « French Tech » (lire notre récente enquête).

Comment les capital-risqueurs ont façonné le secteur de la tech

Le poids du capital-risque explique les stratégies de construction de monopoles des GAFAM. Il a aussi encouragé les pratiques agressives consistant à avancer en ignorant délibérément les régulations en place.

Le « venture capitalism » est un modèle où l’échec programmé et accepté de 99 investissements sur 100 est largement compensé par la réussite du dernier, s’il devient une « licorne » valorisée à plus d’un milliard de dollars, ou un géant mondial comme Facebook. Le poids du capital-risque a largement contribué à orienter le développement des entreprises de la Silicon Valley. Il explique en grande partie les stratégies de construction de monopoles géants écrasant la concurrence, comme le sont devenu les GAFAM. Il a aussi encouragé les pratiques agressives de « fait accompli », consistant à avancer en ignorant ou en piétinant délibérément les régulations en place, comme l’a fait Uber par exemple.

Dans son livre World Eaters. How Venture Capital is Cannibalizing the Economy (« Mangeurs de monde. Comment le capital-risque cannibalise l’économie »), paru en mars 2025, l’activiste américaine de la tech Catherine Bracy montre comment, dans leur recherche de plus-value massive et rapide, les fonds de capital-risque poussent toutes les entreprises de leur portefeuille à aller très vite, à oublier toute prudence et à viser des valorisations à plusieurs milliards d’euros. « Le but est la vitesse, pas l’efficience, explique-t-elle. Je pense qu’on le voit dans la manière dont opère Elon – comme un marteau plutôt que comme un scalpel. (…) Il en résulte des coûts qui sont supportés par nous autres. Ces entreprises contournent les régulations. Elles exploitent les travailleurs. Elles vendent des produits de mauvaise qualité ou risqués pour les consommateurs. Elles partent avec la caisse. Cela attire les escrocs. » D’où nombre de scandales ou des échecs retentissants.

Ces stratégies ont cependant permis aux grands venture capitalists d’amasser des fortunes personnelles considérables (13 milliards de dollars pour Peter Thiel, 8 milliards de dollars pour Doug Leone, 2 milliards de dollars pour Marc Andreessen). Aujourd’hui, ce sont encore eux qui investissent massivement dans le développement de l’IA ou des cryptomonnaies et qui accompagnent les entreprises de ces secteurs et façonnent leurs stratégies.

Difficile de comparer les business angels français avec leurs homologues américains en termes de poids économique et financier. Pierre-Édouard Stérin a réinvesti l’argent gagné grâce à la Smartbox dans toute une gamme d’entreprises diverses et variées, dont seule une petite partie relève du secteur de la tech (lire nos explications : Le système Stérin). S’il a récemment mis en place un véhicule d’investissement spécialisé avec le fonds Resonance, et s’il est tout de même présent au capital de deux licornes françaises (Payfit et Owkin), il n’opère pas à la même échelle que les financiers de la Silicon Valley. Sur sa page LinkedIn, on le voit surtout fourmiller d’idées relativement terre-à-terre comme celle d’« ubériser » le nettoyage des gouttières.

Les grands investisseurs de la Silicon Valley sont peu présents dans la French Tech, si ce n’est dans certains grands noms comme Mistral AI (où a investi le fonds de Marc Andreessen). À l’inverse, les acteurs français, en concurrence avec des fonds américains bien plus gros qu’eux, sont davantage tentés de solliciter l’appui des pouvoirs publics. Dans la lignée des discours d’Emmanuel Macron sur la « start-up nation », les pouvoirs publics français ont mis en place une politique de soutien aux entreprises émergentes et à leur financement, via en particulier Bpifrance, qui a fait de la « French Tech » une sorte de partenariat public-privé qui reprend en partie les codes et la vision du monde du capital-risque.

Des penchants affirmés pour l’extrême droite

En 2016, Peter Thiel avait été le seul ou presque à soutenir le candidat républicain. Huit ans plus tard le ralliement a été massif. Au-delà du cas d’Elon Musk, David Sacks (Craft Ventures), Ben Horowitz et Marc Andreessen (Andreessen & Horowitz), Doug Leone (Sequoia Capital), Ken Howery, Joe Lonsdale, Antonio Gracias ont déboursé des milliers, voire des millions de dollars pour financer les campagnes de Trump et des Républicains. Beaucoup d’entre eux sont liés de près ou de loin à deux entreprises en particulier : Paypal (que Musk, Thiel, Howery, Lonsdale, Sacks et Gracias ont co-fondé, d’où le surnom de « Paypal Mafia ») et l’entreprise très controversée de surveillance et de mégadonnées Palantir. Cette dernière a tissé ses réseaux dans l’administration Trump et collabore activement, en particulier, à sa politique anti-migrants (lire notre article).

D'autres acteurs éminents du capital-risque français partagent les mêmes sensibilités politiques que Pierre-Édouard Stérin.

En France, l’engagement politique de Pierre-Édouard Stérin est largement connu. Il a mis sa fortune au service de l’extrême droite, d’abord discrètement à travers une série de prêts à des candidats du Rassemblement national et le financement d’associations chrétiennes traditionalistes, puis ouvertement depuis la révélation par L’Humanité du « projet Périclès », doté de 150 millions d’euros et dont l’objectif affiché est de faciliter la victoire électorale de l’extrême droite. Mais il n’est pas le seul. D’autres acteurs éminents du capital-risque français partagent les mêmes sensibilités politiques. C’est le cas de Pierre Entremont, de Frst (lire notre article) ou encore de Charles Beigbeder. Cette figure de la Manif pour tous, partisan de l’union des droites, qui a financé le magazine L’Incorrect et qui a un temps brigué la présidence du Medef, fondateur d’entreprises comme Selftrade et Poweo, est aujourd’hui à la tête d’Audacia et du fonds Quantonation, spécialisé dans les technologies quantiques. Julien Madar, l’ancien financier du candidat Éric Zemmour et fondateur de la start-up Checkmyguest, gravite lui aussi du milieu du capital-risque.

Un engagement qui s’explique par des raisons économiques

Le ralliement des grandes fortunes de la Silicon Valley à Trump a clairement été très opportuniste.

Pour Théo Bourgeron, sociologue à l’université d’Édimbourg et co-auteur avec Marlène Benquet de La finance autoritaire (Raisons d’agir, 2021), le soutien d’une partie des milieux d’affaires à la droite extrême a avant tout des motivations économiques. Et pas seulement à un niveau général, dans la dénonciation partagée de l’impôt, des régulations et des services publics. « Certains secteurs peuvent avoir des intérêts spécifiques à s’aligner sur l’extrême droite. C’est le cas de la finance alternative [dont fait partie le capital-risque], comme on l’a vu au moment du Brexit, ou encore du milieu des énergies fossiles. Ce qui est important, c’est que ce sont plutôt en réalité des sous-secteurs. Une partie du secteur financier, la finance alternative, va contester les acteurs traditionnels dominants, qui sont les grandes banques. Une partie du secteur de l’énergie va défendre les hydrocarbures contre les politiques de soutien aux renouvelables. Le rapprochement du secteur de la tech français avec la droite extrême peut s’expliquer, de même, par leur intérêt à sécuriser des marchés publics aux dépens des grands acteurs américains. »

Le ralliement des grandes fortunes de la Silicon Valley à Trump et aux républicains a clairement été très opportuniste. Il s’explique en grande partie par une réaction aux politiques de l’administration Biden, et depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, ils ont été largement récompensés de leur soutien (lire notre enquête en deux volets ici et ). Ce qui ne les empêche pas de continuer à financer, par ailleurs, des personnalités politiques et des think tanks liés au parti démocrate, pour les pousser sur la même pente pro-business et pro-innovation, à travers notamment la campagne « Abundance ».

Une vision du monde bien particulière

Le « venture capitalism » est souvent associé à une culture du risque et de l’audace – l’idée qu’il est possible de changer le monde en s’obstinant et en passant en force si besoin – de même qu’à une certaine vision darwinienne du monde où les faibles sont appelés à disparaître et où seule une élite survit pour conquérir le droit de dominer le monde. Autant de facteurs qui prédisposeraient le secteur du capital-risque à un engagement politique très à droite ? « Il y a toujours eu des liens avec la politique, relativise Fabien Foureault, mais dans une démarche assez classique de lobbying et de proximité cultivée avec les administrations et élus en place, pour obtenir des soutiens et des règles plus favorables. Les grands noms du secteur préféraient généralement rester discrets. Ce qui est nouveau, c’est l’émergence de figures très politisées, une forme de radicalisation qui cible notamment contre le surpoids des régulations et des taxes. Cela vaut particulièrement pour certains secteurs comme les cryptomonnaies. »

« Cette radicalisation s’explique peut-être par la déstabilisation du pacte social autour de l’économie numérique, suggère le chercheur. Les levées de fonds se font moins faciles, et des tensions sociales ont pu heurter certains patrons de la tech. Marc Andreessen a explicitement lié son engagement politique au fait d’avoir vu arriver des employés « woke » dans ses entreprises. Pour ces acteurs, la mentalité dominante est qu’il faut aller vite et éviter à tout prix toute forme de contrainte, y compris en matière de diversité ou de responsabilité sociale. »

C 'est un pari sur l'avenir, et en attendant, on vend des belles histoires. D'où une tendance à l'hyperbole. C'est aussi une vision très orientée vers le futur.

L’engagement à droite des barons de la Silicon Valley prend parfois aussi sa source dans des convictions idéologiques ou religieuses, comme le christianisme apocalyptique de Peter Thiel. Ces courants radicaux souterrains du secteur de la tech, qui semblaient jusqu’ici relativement marginaux, s’affichent désormais au grand jour, amalgamés avec la détestation des régulations, de l’État social, des minorités et du progressisme libéral.

Le « style » très particulier de certains venture capitalists n’est pas sans relation avec la manière dont ils conçoivent leur rôle dans l’économie et au-delà, en n’hésitant pas à se poser en prophètes sur l’avenir de la civilisation. « Le côté démesuré s’explique par le modèle même du capital-risque, poursuit Fabien Foureault. On prend des parts dans des entreprises qui n’ont pas de marché établi, pas de profits. C ’est un pari sur l’avenir, et en attendant, on vend des belles histoires. D’où une tendance à l’hyperbole. On le voit clairement aujourd’hui avec l’IA. C’est aussi une vision très orientée vers le futur. »

Le mélange entre politique et business

Les financiers de la tech tendent à ne pas faire de réelle différence entre leur action dans la sphère économique et dans la sphère politique. Dans la philosophie du département DOGE, mis en place par Elon Musk après l’élection de Trump avec l’aide de plusieurs figures du capital-risque, les compétences et les technologies de la Silicon Valley, notamment l’intelligence artificielle, allaient aider à mieux gérer l’État et les services publics, en licenciant au passage des milliers de fonctionnaires. Dans une version encore plus extrême, celle d’un Thiel ou d’un Curtis Yarvin, la démocratie et même l’État-nation sont considérés comme dépassés comme forme d’organisation sociale, et devraient laisser la place à des entreprises géantes dirigées par des leaders charismatiques.

Pierre-Édouard Stérin adore raconter comment il note tous ses interlocuteurs de 1 à 10 – une habitude qui semble renvoyer à l'exercice de jugement et de sélection des "business angels".

En France, le modus operandi de Pierre-Édouard Stérin illustre à sa manière ce même mélange des genres. Le milliardaire et ses proches adorent raconter comment il note tous ses interlocuteurs, y compris les hommes et femmes politiques qu’il rencontre, de 1 à 10 – une habitude qui semble renvoyer à l’exercice de jugement et de sélection des projets les plus prometteurs qui est le propre des business angels. On le voit ainsi soutenir à la fois des start-ups (via le fonds Resonance), des associations chrétiennes ou natalistes (via le Fonds du bien commun) et des think tanks et organisations politiques (via le projet Périclès) en utilisant le même langage du « seed funding » et souvent les mêmes personnes, en mélangeant allégrement prêts, subventions et portage salarial.

Des pratiques qui viennent là aussi droit des États-Unis, comme le rappelle Théo Bourgeron : « Les fondations comme celle de Bill Gates ou d’autres font peu de dons. Elles passent beaucoup par des investissements, des partenariats, des prêts, des choses comme ça. L’usage de la langue des KPI et du « venture capital » pour décrire une entreprise de changement de régime est en effet frappante. On la retrouvait déjà dans certains discours d’Elon Musk lors de la campagne électorale américaine de 2024. »

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Stérin, un « Peter Thiel français » ?

Peut-on considérer dès lors Pierre-Édouard Stérin comme une sorte de « Peter Thiel français » ? Pour Nastasia Hadjadji, qui vient de faire paraître avec Olivier Tesquet Apocalypse Nerds aux éditions Divergences, il y a effectivement des parallèles : « un profil d’investisseur libéral-conservateur, engagé dans une guerre idéologique qui dépasse très largement la simple consolidation économique de son empire, un financier qui mobilise la religion à des fins politiques et dont le portefeuille d’investissement peut se lire comme un manifeste ». L’homme d’affaires français aurait d’ailleurs fait de Zero to One, l’ouvrage de Peter Thiel, son livre de chevet.

Stérin est contraint par les règles de financement de la vie politique en France. Il ne peut pas investir massivement dans un candidat comme l'a fait Thiel avec J.D. Vance aux États-Unis

Cependant, si Stérin et Thiel partagent la même volonté de retour à un ordre antérieur, basé sur la tradition, la religion et la naturalisation des hiérarchies de genre et de race, la journaliste pointe aussi des divergences. « Thiel a une dimension plus exaltée et utopiste. Sa théologie politique puise autant dans la tradition des anti-lumières, l’autoritarisme schmittien et les théories de la violence mimétique de René Girard, que dans un répertoire futuriste propre aux pensées du transhumanisme. Il investit massivement dans des technologies visant à dépasser les limites et les finitudes, qu’elles soient d’ordre cognitif (médecine psychédélique) ou corporelles (longévité, dépassement de la mort) et terrestres. Au regard de ce modernisme réactionnaire, Stérin apparaît comme nettement plus traditionaliste et pas spécialement habité par le fait de maximiser le potentiel de l’espèce humaine sur des milliers de milliards d’années. »

Il y a une autre différence de poids, souligne Olivier Tesquet : « Stérin est contraint par les règles de financement de la vie politique en France. Il ne peut pas investir massivement dans un candidat comme l’a fait Thiel avec J.D. Vance aux États-Unis. » Si les barons de la Silicon Valley financent directement les campagnes de candidats républicains (ou démocrates), ce n’est pas possible pour Pierre-Édouard Stérin, qui doit se contenter de financer « une constellation de think tanks, d’écoles, d’associations, en espérant faire émerger des personnalités politiques ». L’hommes d’affaires est d’ailleurs sous le coup d’une enquête judiciaire suite à une série de prêts accordés au Rassemblement national via des sociétés écran.

Si Stérin et d’autres capital-risqueurs français sont clairement des admirateurs et à certains égards des émules de Peter Thiel ou Elon Musk, ils sont loin d’avoir le même poids économique ni, pour l’instant au moins, la même possibilité d’influer sur les élections. De ce point de vue, la stratégie de bataille politique et culturelle développée en France par Pierre-Édouard Stérin a moins à voir avec les outrances de la Silicon Valley qu’avec les financements de milliardaires ultraconservateurs comme les frères Koch ou Robert Mercer, le fondateur de Renaissance Technologies. Pour Théo Bourgeron, « la stratégie déployée avec le Fonds du bien commun et le projet Périclès fait beaucoup penser à ce qui a été fait aux États-Unis, où un maillage de think tanks et d’associations culturelles ont servi à essaimer la pensée de droite. » C’est probablement là, via les réseaux de l’internationale réactionnaire comme Atlas Network (lire notre série d’enquêtes), la première source d’inspiration de Pierre-Édouard Stérin. Du moins pour l’instant.

Article publié par Olivier Petitjean

Notes

[1Voir notamment cette étude : « Liberal and anti-establishment : An exploration of the political ideologies of American tech workers » par Niels Selling et Pontus Strimling, 2023

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