Formation des élites

Polytechnique, une école d’État sous emprise

Organes de gouvernance, chaires, partenariats, start-ups, associations d’élèves et d’anciens élèves… La place croissante des grandes entreprises à tous les niveaux de l’École polytechnique et leur influence sur le contenu de la recherche et de l’enseignement posent question dans un contexte d’urgence climatique.

Publié le 17 septembre 2025

Téléchargez la publication

Téléchargez le PDF (2.5 Mio)

La tentative de Total d’implanter un bâtiment sur le campus de l’École polytechnique, puis celle de LVMH deux ans plus tard, ont suscité d’importantes mobilisations de la part des élèves, du personnel et de la société civile.

Dans son rapport Polytechnique : une école d’État sous emprise, l’Observatoire des multinationales montre que derrière ces affaires médiatisées, les grandes entreprises françaises et étrangères continuent de tisser leur toile à tous les niveaux de l’École polytechnique, influençant le contenu de la recherche et de l’enseignement.

Ainsi :

  • Les représentants d’un tout petit nombre de très grandes entreprises occupent une place importante dans les organes de gouvernance de l’École polytechnique (conseil d’administration, fondation, association des anciens). Ce petit monde, lié par des parcours communs et une culture partagée, pèsent sur les orientations de l’École et façonnent son image.
  • La montée en puissance des financements privés renforce cette orientation. Ces derniers représentent aujourd’hui plus de 15% des ressources de l’École, une proportion appelée à croître. Ces financements se font sans transparence ni contrôle démocratique alors même qu’ils en grande partie défiscalisés, et contribuent à influencer les directions prises même par la recherche financée sur fonds publics.
  • La prise en compte des enjeux écologiques et sociaux dans les cursus dans la recherche et sur le campus reste marginale. Initié il y a un an seulement, un seul cours obligatoire est consacré aux enjeux écologiques, qui représente 3% du cursus. Malgré une communication croissante sur ces enjeux, l’École polytechnique continue de promouvoir une vision technologique et orientée vers la croissance économique.
  • L’innovation, devenue un pilier stratégique de Polytechnique, consiste essentiellement à promouvoir des start-ups d’une utilité sociale contestable ou marginale. Aucune des start-ups vantées par l’Ecole ne propose de véritables solutions transformatrices à la crise écologique. Celles qui sont qualifiées de "greentech" prétendent au mieux rendre plus "efficient" le système industriel actuel, sans remettre en cause l’expansion programmée de secteurs intrinsèquement polluants (espace, transport maritime, logistique).
  • Les critiques et tentatives de débats autour de ces orientations sont disqualifiées ou réprimées. Les interrogations croissantes des étudiants et du personnel sur les partenariats avec des entreprises sont étouffées et les demandes de transparence refusées, minant la possibilité d’un débat public sur les finalités de cette institution.

Le cas de l’École polytechnique n’est pas isolé. Il reflète une dynamique plus large à l’œuvre dans de nombreuses grandes écoles, universités et institutions publiques. Ce rapport révèle les moyens d’influence et les réalités du fonctionnement de cette institution d’élite, loin de ses discours officiels sur l’écologie et le climat et sur sa mission d’intérêt public.

Boîte Noire

Une version longue du rapport est disponible.


Les publications de l’Observatoire

L’Observatoire est à votre écoute

  • Besoin d’éclaircissements ?
  • Une question ?
  • Une information à partager ?
Contactez-nous