Ce 4 juillet, les États-Unis fêtent le 250e anniversaire de leur déclaration d’indépendance. Réceptions, portes ouvertes, spectacles... De nombreuses festivités sont prévues outre-Atlantique et dans les ambassades américaines. Préparé depuis des années, l’événement a cependant pris une autre tournure avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. « America 250 », la structure transpartisane et à but non lucratif mise en place par le Congrès pour organiser l’anniversaire, a été marginalisée par une nouvelle organisation directement inspirée par le président et ses proches, Freedom 250.
Donald Trump cherche à s'approprier les célébrations du 250e anniversaire du pays pour imposer une certaine vision de son histoire, blanche, mâle et chrétienne.
Entreprise commerciale dépendant du service des Parcs nationaux, Freedom 250 a récupéré une partie des fonds publics préalablement réservés à America 250 et, selon un rapport des élus démocrates au Congrès, une partie au moins de l’argent que cette dernière a collecté auprès de mécènes privés. Parmi ses premiers faits d’armes : l’organisation une journée de prières de rue à Washington le 17 mai dernier, et celle d’un spectacle de combat UFC pour commémorer l’anniversaire du président en exercice. Sont aussi prévus, entre autres, une flotte de six camions-musées appelés « Freedom Trucks » pour sillonner le pays, ou encore une course de voitures baptisée le « Freedom 250 Grand Prix ». Apparemment impressionné par l’Arc de Triomphe lors d’un passage à Paris, Donald Trump veut également imposer la construction d’une arche similaire, mais encore plus grande, dans la capitale américaine, surmontée de statues dorées.
Pour ses opposants, Donald Trump cherche à travers Freedom 250 à s’approprier les célébrations du 250e anniversaire du pays pour imposer une certaine vision de son histoire (blanche, mâle et chrétienne, et minimisant les aspects plus sombres comme le rôle de l’esclavage dans sa fonction). C’est aussi et peut-être surtout une opportunité de faire la publicité de sa personne et de ses prétendus accomplissements.
JC Decaux, partenaire de Trump ?
Parmi les sponsors privés de Freedom 250, on retrouve sans surprise des géants de la tech comme Oracle et Palantir, dont les dirigeants affichent leur proximité avec le président, des poids lourds du pétrole comme Chevron ou ExxonMobil, des marchands d’armes comme RTX, Northrop Grumman, Lockheed Martin et Boeing, et d’autres grands noms du capitalisme américain. Une seule entreprise européenne apparaît : l’allemande SAP, numéro un mondial des logiciels de gestion. Elle s’était déjà distinguée par son empressement à mettre fin à ses politiques anti-discriminations (DEI) l’année dernière à la demande l’administration Trump (lire notre enquête).
Parmi les sponsors privés de Freedom 250, on retrouve sans surprise des géants de la tech comme Oracle et Palantir, dont les dirigeants affichent leur proximité avec le président américain.
La section « Partenaires » du site de Freedom 250 réserve cependant une surprise : la présence de l’entreprise française d’affichage publicitaire JC Decaux. Interrogée, la direction de la communication du groupe nous a répondu que « JCDecaux participe à l’opération Freedom250 uniquement via la mise à disposition d’espaces gracieux sur certains de ses mobiliers dans les villes et aéroports » et qu’il « ne s’agit en aucun cas d’un sponsoring financier ou d’une donation ». L’entreprise précise qu’il s’agit d’une opération « coordonnée par l’association professionnelle américaine de la communication extérieure (Outdoor Advertising Association of America – OAAA), avec la participation de plusieurs acteurs du secteur (Clear Channel, Outfront, Lamar, entre autres) ».
Pourtant, ni l’OAAA ni aucune de ces firmes ne sont citées sur le site de Freedom 250, au contraire de JCDecaux, dont le logo défile au milieu de ceux de la NASA, du think tank MAGA America First Policy Institute, de la Bourse de New York, de l’entreprise de sports de combat UFC ou du site chrétien Pray.com (entre autres), offrant un condensé de l’Amérique trumpiste.
Achat de faveurs
Dans une capitale américaine où la corruption s’étale au grand jour, le financement par des grandes entreprises, des milliardaires ou des gouvernements de projets chers à Donald Trump est devenu un moyen commode – et peu onéreux, car ouvrant droit à une réduction fiscale – de s’acheter les faveurs de son administration. C’est ainsi que le Qatar lui a « offert » un nouvel avion Air Force One, dans lequel le président étasunien a fait son premier voyage cette semaine. De manière similaire, les dirigeants émiratis semblent avoir investi dans l’entreprise de cryptomonnaies de la famille Trump pour assurer leur accès à des semi-conducteurs stratégiques (lire notre enquête).
Côté entreprises, outre « Freedom 250 », c’est le financement de la nouvelle salle de bal voulue par Donald Trump dans l’aile Est de la Maison Blanche qui attire l’attention. Le président avait d’abord promis que le chantier ne coûterait rien aux contribuables grâce à de généreuses « donations » privées. Au final, le budget de l’opération, estimé désormais à 600 millions de dollars, sera finalement abondé en grande partie par des fonds publics, dont pour plus de 300 millions de fonds destinés initialement aux agences de sécurité.
ArcelorMittal, un des piliers du CAC 40, a fait une donation d’acier – d'une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour la nouvelle salle de bal de la Maison Blanche.
De nombreuses multinationales ont également mis la main à la poche pour financer le projet, dont seules une partie sont connues. La liste rendue publique par la Maison Blanche mentionne les géants de la tech Amazon, Apple, Google, Meta, Microsoft et Palantir, ainsi que des entreprises du secteur des cryptomonnaies, de l’énergie ou du tabac. Selon un article du New York Times qui cite d’autres contributeurs comme Nvidia ou BlackRock, la Maison Blanche aurait promis l’anonymat à ceux qui le souhaitaient, en dépit de ses promesses et des innombrables situations de conflit d’intérêt qu’occasionnent ces dons.
Le quotidien américain a également révélé que le groupe sidérurgique ArcelorMittal, un des piliers du CAC 40, a fait une donation d’acier – d’une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour la nouvelle salle de bal de la Maison Blanche. Quelques jours après ce don, Donald Trump a annoncé une série d’ajustements sur ses tarifs douaniers bénéficiant à ArcelorMittal et à d’autres entreprises du secteur.
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Faites un donBernard Arnault et le CAC 40 en foule à l’ambassade parisienne
À Paris, l'ambassade des États-Unis organise une grande réception pour célébrer l'anniversaire de l'indépendance, dont l'invité d'honneur sera le PDG de LVMH.
À Paris, l’ambassadeur des États-Unis Charles Kushner – père de Jared Kushner, gendre de Donald Trump – organise lui aussi une grande réception à l’ambassade ce 3 juillet pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance. Selon les documents divulgués par La Lettre, l’invité d’honneur de l’événement sera le PDG de LVMH Bernard Arnault. Pas très étonnant sans doute, puisque le milliardaire est lié au président américain et à sa famille depuis son exil à New York au début des années 1980. Après avoir assisté à sa cérémonie d’investiture en janvier 2025, il a vanté le « vent de liberté » qui souffle selon lui outre-Atlantique. Quelques mois plus tard, sur fond de menace des hausses des tarifs douaniers, il a aussi joué des pieds et des mains pour convaincre les dirigeants européens de passer un « deal » avec Trump.
La Lettre révèle également la liste (provisoire) des entreprises qui ont accepté de financer l’événement parisien. On y retrouve des multinationales américaines (Amazon, Bank of America, Google, Meta, Uber, X) mais aussi des grands groupes français, dont plusieurs se sont déjà fait remarquer pour leurs relations étroites avec la nouvelle administration américaine, comme CMA-CGM ou encore TotalEnergies (lire notre article). On y trouve aussi le groupe Bolloré, via sa filiale Lagardère. Capgemini, dont nous avons révélé le contrat controversé avec la police anti-migrants ICE, est également de la partie, tout comme Thales, les banques Société Générale et BNP Paribas, les fonds d’investissement proches de la Macronie Ardian et Meridiam, ou encore le groupe Iliad de Xavier Niel. Ce dernier avait déjà été impliqué dans une autre opération chère au cœur de Donald Trump : le rachat de la branche américaine du réseau TikTok par un consortium d’investisseurs dont beaucoup d’amis du président.
À Bruxelles, l’ambassade américaine a vu encore plus grand en privatisant le week-end dernier le parc du Cinquantenaire pour un événement public avec concerts et survols d’avion. Coût total ? 5 millions d’euros, là aussi apportés par des multinationales américaines et belges. Les participants ont été accueillis par des manifestants dénonçant la politique de Trump. Rien de tel en France où l’on a fait le choix de rester entre élites.



