Il y a six mois, suite aux révélations de l’Observatoire des multinationales, Capgemini a été au centre de l’actualité pour son contrat passé avec l’ICE, la police anti-migrants de Donald Trump. Une crise que le groupe pensait avoir désamorcée en annonçant quelques jours plus tard la mise en vente de la filiale américaine concernée.
Les dirigeants du groupe avaient aussi assuré que le contrat en question, d’une valeur potentielle de 365 millions de dollars, n’était pas « en cours d’exécution », et ne correspondait pas avec ce que le groupe « fait habituellement ». Il portait en effet sur une prestation de « skip tracing », autrement dit de localisation d’individus en vue de leur arrestation puis de leur déportation par les agents de l’ICE.
Un contrat mis en oeuvre
Une affaire close, donc ? Pas vraiment, puisque les bases de données du gouvernement américain indiquent que Capgemini a bien poursuivi la mise en œuvre de ce contrat et a bien touché de l’argent de l’ICE pour ses services. Comme nous l’avons révélé, d’ailleurs, un contrat précédent de Capgemini avec l’agence avait fait l’objet d’un amendement dès octobre pour intégrer ces mêmes services de « skip tracing ».
En mars 2026, selon les registres de l’administration fédérale, Capgemini a obtenu une extension de la première tranche de son contrat. Et le 26 août dernier, l’ICE a publié un ordre de livraison pour une seconde tranche, pour un montant de plus de 14 millions de dollars. Des ordres similaires ont été passés avec d’autres entreprises, mais celui destiné au groupe français est le plus important.
Quant à la très opaque filiale Capgemini Government Solutions, basée dans l’État du Delaware, elle n’a toujours pas été vendue. Le 20 mai dernier, lors de l’assemblée générale annuelle du groupe à Paris, la direction avait indiqué, en réponse à certains actionnaires, que le processus de vente était en cours.
Interrogé pour cet article, le groupe s’est contenté de nous répondre : « Comme nous l’avons expliqué précédemment, Capgemini a décidé de lancer le processus de cession de CGS en raison des contraintes spécifiques de gouvernance liées à la nature de ses activités. Ce processus est en cours, et fera l’objet d’une communication une fois finalisé. »
« Chasseur de primes »
L’immense scandale suscité par la révélation du contrat de Capgemini avec l’agence anti-migrants, à la fois au sein même de l’entreprise et dans le public, s’expliquait en partie par le contexte politique du début 2026. Le déploiement massif de l’ICE à Minneapolis avait provoqué des affrontements et la mort par balle de plusieurs personnes, dont Renee Good et Alex Pretti.
Mais c’est aussi la nature même du contrat qui a fait polémique. Comme l’a documenté une enquête publiée par Les Jours, la filiale Capgemini Government Solutions a toujours été très proche de l’ICE depuis la création de cette agence suite aux attentats du 11 septembre. Mais les méthodes qu’elle emploie sont de plus en plus brutales et attentatoires à l’état de droit, et cela semblait être la première fois que Capgemini intervenait comme sous-traitant de l’ICE dans la chasse au migrants, plutôt que dans une mission de conseil.
Pour couronner le tout, le contrat passé par Capgemini prévoit une rémunération indexée sur les résultats. Plus Capgemini aidera à déporter de migrants, plus l’entreprise touchera d’argent, à la manière d’un « chasseur de primes ».
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Faites un donDepuis les événements de Minneapolis, l’ICE ne s’est plus engagée dans des opérations urbaines de grande envergure, mais l’agence a poursuivi ses activités en adaptant ses tactiques. En juillet 2026, elle a arrêté 51 000 personnes, le total mensuel le plus important depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, mais encore très loin des objectifs fixés par la Maison Blanche. Au cours de ce même mois, les agents de l’ICE ont tué deux personnes, dans le Maine et dans le Texas, lors de contrôles routiers, tandis qu’un citoyen mexicain disposant d’un visa de touriste valide a été écrasé par un camion en Floride en tentant de fuir un contrôle.



