Sources : EurActiv , The Guardian

Pétrole

En pleine Conférence climat, l’Europe ouvre les bras aux sables bitumineux canadiens

Alors que la COP21 bat son plein à Paris, l’Europe commence à recevoir du pétrole issu des sables bitumineux canadiens, l’un des hydrocarbures les plus nocifs qui soit pour le climat. Les géants pétroliers comme Total ou Shell tâchent de faire bonne figure dans le cadre de la COP21 en vantant leurs investissements dans le gaz, mais ils préparent en même temps leurs raffineries européennes à recevoir les sables bitumineux canadiens. Ces derniers commencent à envahir l’Europe, directement ou via leur réexportation depuis les États-Unis.

Le site EurActiv.fr rend compte d’une étude commanditée par les ONG Transport & Environment et les Amis de la terre Europe :

Le 6 novembre, le président américain, Barack Obama, a décidé d’annuler le projet du pipeline Keystone XL, qui aurait transporté du pétrole issu de sables bitumineux dans tout le pays. Une décision motivée par l’impact écologique catastrophique du projet. L’extraction et le raffinage du pétrole des sables bitumineux produit trois ou quatre fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que le pétrole brut conventionnel.

De nouvelles recherches menées par MathPro, un cabinet-conseil spécialisé dans le raffinage, indiquent que 71 des 95 raffineries de l’UE, de la Norvège et de la Suisse sont à présent équipées pour traiter de pétrole brut lourd ou prétraité issus de sables bitumineux. L’étude, commandée par les ONG Transport&Environment et les Amis de la Terre Europe, semble indiquer que l’industrie européenne se prépare à réceptionner des importations. (...) L’importation illimitée de sables bitumineux en Europe aurait le même impact climatique que l’introduction de six millions de voitures en plus sur les routes, selon un rapport publié l’an passé.

Comme le montre la carte interactive développée par les deux organisations environnementalistes (cliquer sur l’image ci-dessus), les huit raffineries de Total en Europe ont été adaptées pour traiter les sables bitumineux et présentent un risque « élevé » de recevoir des importations de brut du Canada. De quoi mettre en perspective le discours développés par l’entreprise pour la COP21, qui insistent sur ses investissements dans le gaz, présenté comme moins polluant que les autres sources fossiles (lire notre article).

Lire l’intégralité de l’article sur le site d’EurActiv.fr

Les sables bitumineux envahissent-ils déjà l’Europe ?

Comme le rappelle cet article, l’Union européenne avait envisagé un temps de limiter drastiquement les importations de pétrole issu des sables bitumineux canadiens, dans le cadre de la directive sur la qualité des carburants, en l’étiquetant comme « très polluante ». Mais un lobbying intensif des compagnies pétrolières et du gouvernement canadien - qui négociait au même moment avec l’Union un accord de libre-échange, le Ceta - a eu raison de ces velléités (lire notre article). La première cargaison de pétrole issu des sables bitumineux a atteint l’Espagne en 2014, importée par Repsol.

Selon un article du Guardian, toutefois, ces importations officielles ne sont peut-être que l’arbre qui cache la forêt. Les importations européennes de pétrole depuis les États-Unis ont connu un bond spectaculaire de 73% depuis avril 2014. Comme les exportations de brut états-unien restent strictement interdites à ce jour, il s’agit de pétrole réexporté depuis d’autres pays, principalement le Canada. Selon les experts consultés par le quotidien britannique, il s’agit très probablement de pétrole issu des sables bitumineux... Pour les ONG, c’est une nouvelle illustration de la contradiction entre les objectifs climatiques et les politiques commerciales de l’Europe.

Olivier Petitjean

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Photo : Fernando Butcher