Source : Mother Jones

États-Unis

Privatisation de l’eau : après Flint, Pittsburgh se retourne contre Veolia

par Olivier Petitjean

Depuis cet été, l’eau de la ville de Pittsburgh, aux États-Unis, contient des taux élevés de plomb qui la rendent dangereuse pour la santé humaine. Les autorités accusent Veolia, qu’ils avaient mandatée pour les aider à réformer leur département de l’eau. Pour augmenter à peu de frais sa rémunération, la firme française aurait changé le système de traitement de l’eau et supprimé des emplois dans les laboratoires de contrôle de la qualité.

Cet été, des dizaines de milliers de foyers de la ville de Pittsburgh ont reçu une lettre les informant que l’eau qui coulait de leur robinet contenait des quantités dangereuses de plomb. Des niveaux comparables à ceux constatés à Flint l’année dernière, où ils avaient créé un scandale politique au retentissement international.

Les autorités de la ville accusent la firme française Veolia, à laquelle ils avaient fait appel pour les aider à améliorer les performances de leur service de l’eau. Elles visent en particulier un changement dans le mode de traitement de l’eau destiné à éviter la corrosion des canalisations anciennes (source de la contamination au plomb), pour de simples raisons d’économie.

Selon le magazine américain Mother Jones, Veolia aurait également supprimé de nombreux emplois dans le département de contrôle de la qualité de l’eau (lire aussi cet article du Guardian sur la même affaire). Les niveaux de plomb étaient en augmentation constante depuis des années dans l’eau de Pittsburgh, mais ils ont soudain dépassé les normes fédérales après l’arrivée de Veolia.

La firme française a également augmenté le prix de l’eau de 20% à son arrivée, et mis en place un système de compteurs et de facturation si dysfonctionnel qu’un groupe de résidents a lancé fin 2015 une action de groupe contre l’entreprise. L’eau de Pittsburgh est l’une des plus chères de la région.

Un contrat de consultance structurellement vicié

Selon Mother Jones, le problème de fond tient à la nature même du contrat passé par Pittsburgh avec Veolia, cette dernière étant autorisée à garder pour elles la moitié des « économies » qu’elle aurait aidé à générer :

Dans de nombreux cas, les critiques dénoncent l’habitude de Veolia de faire économiser de l’argent aux services de l’eau au moyen de solutions de fortune, en ignorant les problèmes de fond. Lors d’un entretien téléphonique, Kevin Acklin, le directeur de cabinet du maire de Pittsburgh Bill Peduto, a souligné que les revenus de Veolia étaient directement liés aux économies à court terme réalisées par le département de l’eau. « Ils n’avaient aucune incitation avec ce contrat à réaliser des investissements dans les équipements, la planification ou les biens immobiliers - ils étaient incités à ne pas réparer les canalisations, à transférer les coûts à d’autres, en premier lieu la municipalité et les ménages », affirme-t-il. « En dernière instance, ils étaient dépositaires de l’autorité publique, mais ils servaient aussi les intérêts commerciaux d’une entreprise multinationale. »

Il y a quelques mois, ce sont les autorités du Michigan qui avaient lancé des poursuites contre Veolia en lien avec l’affaire de l’eau contaminée de Flint. Également appelée à titre de consultant, la firme française avait déclarée l’eau bonne à boire (lire notre article).

Pittsburgh avait fait appel aux services de Veolia en 2012 pour l’aider à réformer son service de l’eau. Un contrat que la firme française, fidèle à ses habitudes, s’était empressée de claironner comme un succès retentissant, et un modèle à suivre pour d’autres villes. Le contrat a été abandonné à la fin 2015, et les autorités de Pittsburgh poursuivent désormais Veolia en justice en l’accusant de les avoir « trompées » dans le but de « maximiser ses profits au détriment [du service de l’eau] et de ses usagers ». Pittsburgh aurait versé en tout 11 millions de dollars US à Veolia sur la durée du contrat.

Veolia a toujours dénié toute responsabilité dans les problèmes de Flint. Concernant les accusations de Pittsburgh, elle déclare qu’elle intervenait comme consultante et non comme gestionnaire, et que tous les changements apportés au service l’ont été sous la responsabilité des autorités et en pleine connaissance de cause.

Olivier Petitjean

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Photo : Barbara Rich CC