12.12.2023 • Actus, revue de presse et liens

Prendre le mal à la racine - La lettre du 12 décembre 2023

Publié le 12 décembre 2023

Bienvenue dans la lettre d’information de l’Observatoire des multinationales.

Rappel : nous sommes en pleinte campagne annuelle d’appel à dons. Objectif : 40 000 €. Merci beaucoup de notre soutien (et/ou de faire passer ce message) !

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Bonne lecture

Comment mettre une major pétrogazière hors d’état de nuire

Personne ne conteste que les énergies fossiles sont la cause première de la crise climatique. Pourtant, force est de constater que la fin du charbon, du pétrole et du gaz n’est pas vraiment à l’ordre du jour. La COP28 est en train de le prouver une nouvelle fois. Certes, on constate des progrès en matière de développement des énergies renouvelables, mais si l’on poursuit en même temps à accroître l’exploitation des énergies fossiles, cela ne résoudra absolument rien.

Vendredi dernier, nous avons publié une étude réalisée pour l’ONG 350.org qui explique pourquoi il restera toujours impossible d’engager une réelle sortie des énergies fossiles tant que nous n’aurons pas « repris le contrôle », d’une manière ou d’une autre, des géants du pétrole et du gaz comme TotalEnergies.

Le choix de maintenir tel quel le pouvoir économique et politique des grandes majors pétrogazières, qui leur permettent de bloquer toute action climatique ambitieuse et d’en répercuter les coûts sur les autres, mène à une impasse. Il est temps de passer à autre chose.

Mais à quoi ?

C’est ce que nous nous risquons à explorer dans cette publication, dont l’objectif n’est que de lancer un débat qui nous semble, en réalité, incontournable. Réguler, démocratiser, nationaliser, démanteler... Nous explorons différentes options, en nous basant autant que possible sur des précédents historiques ou juridiques, et sans éviter les questions difficiles. Nous ébauchons même ce à quoi pourrait ressembler ce qui resterait du groupe TotalEnergies à l’avenir, après sa sortie des énergies fossiles.

Nos propositions pourraient être taxées de « politique fiction » ou d’utopie. Pourtant, face à la crise climatique, il n’est pas d’autre action que « radicale », au sens étymologique d’agir à la racine.

C’est à lire ici : TotalEnergies : comment mettre une major pétrogazière hors d’état de nuire

Invasion de lobbyistes

La COP28 s’achève ces jours ci à Dubai, et au vu de la présence massive de représentants de l’industrie, elle ressemble de moins en moins à une conférence intergouvernementale et de plus en plus à un sommet du même type que celui de Davos, où les puissants de ce monde se réunissent pour conclure des affaires tout en pontifiant sur l’avenir de la planète.

Les chiffres ont fait la une de tous les médias. Une coalition d’ONG regroupée sous la bannière de la campagne « Kick Big Polluters Out » (« Jetez les gros pollueurs dehors ») a calculé que les lobbyistes des énergies fossiles présents à la COP étaient cette année au nombre de 2456 à, soit davantage que toutes les autres délégations sauf celles du Brésil et du pays hôte, les Emirats arabes unis.

C’est aussi près de quatre fois plus que lors de la COP27, mais les chiffres sont partiellement faussés, car ce n’est que depuis cette année que les listes d’accréditations sont entièrement transparentes. Des représentants de l’industrie pouvaient très bien être accrédités par des ONG de complaisance, comme cela a été montré à propos de TotalEnergies.

Bien qu’ils aiment à se présenter comme les champions du climat, les pays européens ont eux aussi contribué à cette invasion en intégrant des représentants de l’industrie dans leurs délégations officielles. La délégation française en incluait ainsi pas moins de 26, dont le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné. Le chiffre est le même pour la Belgique (lire en anglais l’analyse détaillée de Corporate Europe Observatory et, à propos de la délégation française, l’article de Mediapart).

Le même constat vaut, à une moindre échelle, pour un autre secteur responsable d’une part importante des émissions globales de gaz à effet de serre : celui de l’agriculture industrielle. Selon l’analyse du média DeSmog, il est représenté par au moins 340 lobbyistes à Dubaï, dont certains là encore emmenés par des gouvernements dans leurs délégations officielles – dont celle de la France, qui inclut des représentants de Danone. C’est trois fois plus que l’année dernière. Nestlé, Bayer ou encore le géant brésilien de la viande JBS figurent parmi les entreprises les mieux représentées à la COP.

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En bref

L’Union européenne, du projet de paix à l’économie de guerre. Depuis quelques années, le poids des industriels de l’armement ne cesse de grandir à Bruxelles, et l’invasion de l’Ukraine semble avoir fini de lever les ultimes réticences. Un rapport de la coalition européenne ENAAT montre à quel point les marchands d’armes parviennent aujourd’hui à faire sentir leur influence dans toutes les politiques européennes, même apparemment les plus éloignées de leur secteur, cherchant à capter toujours plus de financements. Erasmus+, la taxonomie verte, la Banque européenne d’investissement, les minerais critiques (comme nous l’expliquions dans un récent rapport)... rien n’échappe plus à leurs ambitions, auxquelles bien peu de décideurs bruxellois osent aujourd’hui s’opposer.

La Poste, première entreprise condamnée dans le cadre de la loi « devoir de vigilance ». C’est un petit événement, puisque c’est la première fois que la justice est amenée à se prononcer sur la substance d’une plainte déposée dans le cadre de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales (lire notre dossier). Il ne s’agit de TotalEnergies, qui a réussi jusqu’ici à éviter un jugement sur le fond, mais de La Poste, au sujet de l’emploi de travailleurs sans-papiers dans des conditions problématiques au sein de ses filiales de livraison. La plainte a été initiée par le syndicat Sud PTT. Le juge a considéré que La Poste avait manqué à ses obligations en prévoyant pas de mesures suffisamment précises pour prévenir les abus. Lire l’article de Mediapart.

Radiographie du lobby du tabac en France. L’influence du lobby du tabac reste bien réelle en France, comme en témoignent les dizaines d’amendements déposés par des parlementaires sur le sujet lors de l’examen du projet de loi sur le financement de la sécurité sociale. L’Alliance contre le tabac analyse dans un récent rapport la force de frappe de ce lobby qui regroupe non seulement les les géants bien connus du secteur (Philip Morris France, British American Tobacco, etc.) mais aussi de acteurs tels que la Confédération des buralistes. Il trouve des oreilles attentives auprès du gouvernement et de certains députés et sénateurs, dont ils n’hésitent pas, suivant en cela une stratégie de lobbying bien établie, à recruter les collaborateurs.

Le bras armé du lobby pétrolier contre les normes sanitaires. Une enquête de l’ONG Transport&Environment, relayée en France par Le Monde, fait la lumière sur le Concawe, une structure (pseudo-)scientifique créée et financée par l’industrie pétrolière pour peser sur les normes sanitaires relatives aux émissions des carburants. Le rapport de l’ONG raconte comment le Concawe a réussi, au travers une stratégie de « fabrique du doute » et de sélection d’études de convenance, à affaiblir des projets de normes européennes sur le NO2 ou encore le benzène destinés à protéger la santé des travailleurs et des citoyens.

Les enquêtes de l’Observatoire

  • Réponses locales

    Villes contre multinationales

    De la remunicipalisation à la régulation d’Airbnb et Uber, en passant par la transition énergétique et les luttes pour le logement, panorama des batailles entre villes et grandes entreprises en Europe.

  • Champions nationaux

    CAC40 : le véritable bilan annuel, édition 2022

    Superprofits, climat, fiscalité, dividendes, emploi, salaires, enjeux sociétaux, relations avec les dirigeants politiques : radiographie des grandes entreprises françaises et de leur rôle dans la France et le monde d’aujourd’hui.

  • Débat public

    Laboratoires d’influence : les think tanks sont-ils des lobbys comme les autres ?

    Les liens privilégiés des think tanks avec le monde des affaires et l’absence de régulation adéquate en font des véhicules de lobbying très commodes.

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