Allô Bercy ?

Axa : 3,5 milliards pour les actionnaires, rien pour les restaurateurs

par Margot Vermeylen

Des résultats en berne, mais des dividendes qui s’envolent ? Bienvenue dans le monde merveilleux du CAC40 ! Alors qu’Axa France refuse d’indemniser ses clients restaurateurs pour leur pertes d’exploitation liées au Covid-19, les actionnaires du groupe toucheront, eux, des dividendes à hauteur de 3,5 milliards d’euros, près de deux fois plus que l’année dernière. Nouvelle publication dans le cadre de notre campagne Allô Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions.

Sous réserve de l’approbation de l’assemblée générale qui se tient ce 29 avril, le groupe Axa s’apprête à verser un dividende total de 3,5 milliards d’euros à ses actionnaires pour l’année 2020, soit près du double que l’année précédente (1,8 milliard). Parallèlement, Axa a également procédé à des rachats d’actions à hauteur de 258 millions d’euros en 2020. Additionnés, ces montants constituent donc un taux de distribution de 117,5 % pour 2020, un des plus élevés du CAC40. En d’autres mots, la multinationale versera à ses actionnaires un montant supérieur au bénéfice net qu’elle a réalisé sur l’année, et puisera donc dans sa trésorerie pour les rétribuer. Un choix qui pose question quand on sait qu’en France, Axa est montré du doigt - et poursuivi en justice - pour son refus d’indemniser ses clients restaurateurs pour leurs pertes d’exploitation liées au mesures sanitaires, et ce bien qu’ils aient souscrit une assurance les protégeant en cas d’épidémie. Le montant total de dividende pour l’année 2020 sera même supérieur à celui versé en 2019, année pré-Covid, où le groupe avait attribué 3,25 milliards à ses actionnaires.

Globalement, Axa aura limité les dégâts en 2020 : son chiffre d’affaires a baissé de 6,6 % (96,7 milliards d’euros en 2020) et si ses profits baissent de 18 % sur un an, ils dépassent tout de même les 3 milliards (3,164 milliards). Et, bien que le groupe ait maintenu ses effectifs en France (16 892 fin 2020), son effectif total mondial a chuté de pas moins de 5,17 % en un an, passant de 120 869 à 114 625, notamment dû à des programmes de restructuration au Royaume-Uni, en Irlande, en Allemagne et au Mexique, ainsi qu’à la cession de ses activités en Europe centrale et orientale.

Si la rémunération du directeur général d’Axa, Thomas Buberl, a diminué en 2020, il touchera tout de même 4 millions d’euros, auxquels s’ajouteront plus d’un demi millions d’euros (624 691 €) de dividendes pour les actions d’Axa qu’il détient. De son côté, le président du conseil d’administration, Denis Duverne, a renoncé à 25 % de sa rémunération fixe pour 2020 par « solidarité avec les équipes exécutives du groupe », soit une diminution de 300 000 euros. Ce qui ne l’empêchera pas, en tant qu’actionnaire, de toucher 2,3 millions de dividendes au titre de 2020.

Un manque de solidarité envers les restaurateurs

En France, les assureurs ont été épinglés pour leur manque de solidarité envers les petites entreprises frappées par la pandémie, en particulier les restaurateurs. Le président Emmanuel Macron et le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, avaient pourtant appelé les assureurs à « être au rendez-vous de cette mobilisation économique ». Une invitation qui ne semble pas avoir été entendue. De nombreux restaurateurs avaient souscrit une assurance auprès d’Axa garantissant les pertes d’exploitation en cas de fermeture administrative consécutive à une épidémie. Ils se sont tournés vers l’assureur suite à leurs pertes d’exploitations dues aux mesures sanitaires, mais ont essuyé un refus d’indemnisation systématique. L’argument principal de l’assureur ? Une clause d’exclusion précisant que la garantie n’opère plus si au moins un autre établissement situé dans le même département fait l’objet d’une fermeture administrative pour les mêmes raisons.

Face à cette aberration, au moins une dizaine de restaurateurs ont décidé d’assigner Axa France en justice. Et la plupart des juges semblent leur donner raison : les tribunaux de commerce de Paris, de Marseille et de Tarascon (Bouche-du-Rhône) ont chacun condamné Axa à verser des indemnités aux plaignants [1]. Ils ont estimé que la clause d’exclusion devait être écartée, son application pure et simple aboutissant à « priver de sa substance l’obligation essentielle de garantie ».

Mais Axa ne l’entend pas de cette oreille et a déclaré faire appel à chaque décision justice. Il faut dire que l’enjeu financier est de taille pour l’assureur, qui a fait signer ce type de contrat dits « standards » à 18 000 clients, dont 15 000 restaurateurs. À se demander si le groupe ne mise pas sur la lenteur des procédures de justice dans l’espoir que certains de ses clients fassent faillite avant le jugement défavorable qui obligerait Axa à les indemniser. Tout récemment, l’assureur a été condamné en appel à verser à un restaurateur une indemnité provisoire.

Margot Vermeylen

Cet article s’inscrit dans la campagne de financement participatif Allô Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions sociales, fiscales et écologiques, qui durera jusque fin mai 2021 et sera cloturée par une grande publication finale pleine de chiffres, d’études de cas et d’analyses.

[1Deux autres tribunaux (Toulouse et Bourg-en-Bresse) se sont toutefois prononcés en faveur de l’assureur, pour qui ces décisions contradictoires créent une « confusion judiciaire » et une « instabilité ».

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