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La pandémie, une aubaine pour les pollueurs

Une nouvelle étude de la campagne Fossil Free Politics, à laquelle l’Observatoire des multinationales a contribué, révèle l’effort intense de lobbying mené ces derniers mois, sous couvert de pandémie, par l’industrie des énergies fossiles. Les gros pollueurs du continent européen ont réussi à capter des dizaines de millions d’euros dans le cadre des plans de relance.

Alors que les eurodéputés doivent voter cette semaine la loi Climat européenne, les géants du pétrole et du gaz paraissent plus influents que jamais à Bruxelles. C’est ce que montre une nouvelle étude de la coalition Fossil Free Politics, coordonnée par Corporate Europe Observatory et les Amis de la Terre Europe, en partenariat avec (entre autres) l’Observatoire des multinationales.

Malgré les promesses de la Commission européenne et des gouvernements nationaux de « reconstruire en mieux », l’empreinte de l’industrie des énergies fossiles est évidente dans les plans de relances. De nombreux stratégies et programmes mis en oeuvre dans ce cadre au niveau national ou européen prévoient d’injecter l’argent des contribuables dans les « fausses solutions » préférées des pollueurs, comme le gaz, les technologies de capture et séquestration du carbone, la compensation ou encore l’hydrogène fossile, qui ne feront qu’aggraver la crise climatique.

Depuis les débuts de la pandémie, une offensive de lobbying auprès des institutions européennes et des gouvernements nationaux a permis de détourner les fonds destinés à la relance vers des investissements fossiles catastrophiques pour le climat. L’Italie a par exemple octroyé à l’entreprise pétrochimique Maire Tecnimont un prêt garanti par l’État de 365 millions d’euros dans le cadre de son plan de relance. La Banque centrale européenne n’a imposé aucune contrepartie environnementale à ses aides financières qui ont bénéficié à des compagnies pétrolières et gazières comme Total, Shell, Eni, Repsol et même à E.ON, une firme encore active dans le charbon (lire aussi En pleine épidémie, le soutien accru des institutions financières européennes aux gros pollueurs).

Les multinationales des énergies fossiles ont aussi réussi à affaiblir ou retarder la mise en oeuvre de standards environnementaux partout en Europe. En Italie et en France, la pandémie de Covid-19 a entraîné un affaiblissement des régulations. Ces attaques se retrouvent au niveau européen, où les industries polluantes ont tenté d’entraver la loi Climat.

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L’industrie du pétrole et du gaz a bénéficié d’un accès privilégié aux décideurs politiques, au mépris des risques de conflit d’intérêt. Le Portugal a même nommé le PDG d’une entreprise pétrolière pour concevoir ses plans de relances post-Covid. Les hauts responsables exécutifs de la Commission européenne ont eu en moyenne 3 réunions par semaine avec des lobbyistes des énergies fossiles, même au plus fort du confinement.

Ce rapport confirme, une fois de plus, l’influence considérable de l’industrie pétrolière et gazière sur nos gouvernements, avec pour effet de bloquer ou retarder toute politique ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La campagne « Fossil Free Politics » (« une politique sans énergies fossiles ») revendique la mise en place d’une paroi étanche entre les décideurs et les lobbyistes des industries polluantes, et des garde-fous pour limiter leur influence.

Lire l’étude : La pandémie, une aubaine pour les pollueurs

Voir le site de la campagne : https://www.fossilfreepolitics.org

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