CAC40 : le véritable bilan annuel

Climat, déchets, plastique : derrière les beaux discours écolos du CAC40, la triste réalité des chiffres

par Olivier Petitjean

Les grandes entreprises françaises communiquent énormément sur leur engagement pour le climat et l’environnement. Mais les beaux discours ne se traduisent pas dans des actes, et les chiffres des émissions de gaz à effet de serre, des déchets et de consommation de matières premières continuent le plus souvent d’augmenter d’année en année. C’est ce que montre le troisième chapitre, publié ce jour, de l’édition 2020 de « CAC40 : le véritable bilan annuel ».

Parmi les données inédites mises en lumière dans ce troisième chapitre de CAC40 : le véritable bilan annuel :

  • Si l’on additionne les chiffres de leurs émissions déclarées, les groupes du CAC40 ont émis directement et indirectement environ 1,6 milliard de tonnes de CO2 dans l’atmosphère en 2019. Ce chiffre correspond à environ 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un niveau comparable aux émissions de la Russie.
  • Globalement, les émissions du CAC40 ont baissé de 3,13% depuis 2017. Cette baisse doit tout à Engie, l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre du CAC40, qui s’est lancé dans une politique de désinvestissement de ses nombreux actifs liés au charbon. Si l’on enlève Engie, les émissions du CAC40 sont en réalité en hausse de 2,6% depuis 2017. Or Engie n’a souvent fait que revendre ses centrales et mines de charbon à des investisseurs moins sensibles à l’opinion publique.

  • Vingt firmes de l’indice boursier parisien ont encore augmenté leurs émissions entre 2017 et 2019, dont le groupe pétrolier Total (+3,3% en deux ans). En valeur absolue, Total représente près de 30% des émissions du CAC40. Deux autres émetteurs importants de gaz à effet de serre de l’indice boursier parisien augmentent également leurs émissions entre 2017 et 2019 : PSA (+50,9%) et Danone (+29,8%).

NB. La qualité et l’exhaustivité des déclarations d’émissions du CAC40 peuvent avoir évolué d’une année sur l’autre. Nous avons essayé d’en tenir compte. L’entreprise Dassault Systèmes nous a fait savoir après publication de ce graphique que leur taux de couverture avait sensiblement augmenté, ce qui explique la hausse importante de leurs émissions (voir le détail des précisions qu’ils nous ont apportées en bas de cet article.

  • De nombreux groupes du CAC40 préfèrent mettre en avant non pas le chiffre de leurs émissions en valeur absolue, mais leurs émissions de CO2 rapportées au chiffre d’affaires ou au nombre de salariés. Cela suggère qu’elles restent guidées par un paradigme d’« efficience » ou de « découplage », selon lequel il serait acceptable de continuer d’accroître ses activités et ses émissions de gaz à effet de serre, pourvu que celles-ci augmentent moins vite que les revenus. Douze firmes du CAC40 augmentent malgré tout leurs émissions rapportées au chiffre d’affaires entre 2017 et 2019, et quinze voient enfler leurs émissions rapportées aux effectifs.
  • Ces chiffres confirment que sans mécanismes contraignants supervisés par les pouvoirs publics, les grandes entreprises ne réduiront pas d’elles-mêmes leur impact sur le climat. Les engagements volontaires ne suffisent pas à changer les pratiques. Pourtant, le gouvernement français a refusé d’introduire des critères climatiques contraignants dans le cadre des aides massives qu’il a débloquées pour aider les entreprises à faire face à la crise sanitaire. Ces aides ont pourtant bénéficié à des firmes très polluantes, comme nous le rappelions dans « Allô Bercy », le premier chapitre de CAC40 : le véritable bilan annuel publié le 12 octobre dernier.
  • D’après les données partielles disponibles, les grandes entreprises françaises continuent également à produire davantage de déchets d’année en année. Elles en ont généré en 2019 plus de 700 millions de tonnes, 11,9% de plus qu’en 2017. La consommation globale d’eau s’élève à 750 millions de mètres cube en 2019 pour les 33 groupes du CAC40 qui publient des chiffres, l’équivalent de 300 000 piscines olympiques.

  • Le champion du grand écart entre les discours et la réalité est le groupe Danone. Il s’est donné cette année le statut d’« entreprise à mission », énumérant des objectifs plus vertueux les uns que les autres : « améliorer la santé », « préserver la planète », « construire le futur »... Dans le même temps, tous ses indicateurs environnementaux sont au rouge. Par comparaison avec 2017, Danone émet davantage de gaz à effet de serre, y compris rapportés à ses effectifs et à son chiffre d’affaires, génère davantage de déchets, et consomme davantage d’eau, de plastique et d’huile de palme.

 

À lire : « Un fardeau croissant pour la planète » (pdf, 6 pages), chapitre 2 de "CAC40 : le véritable bilan annuel", édition 2020. Toutes les données sont basées sur les chiffres publiés dans les Documents d’enregistrement universel 2019 des groupes.

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Relire le premier chapitre : « Allô Bercy ? Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40 » (pdf, 16 pages) et le second chapitre « Des patrons au service de qui ? » (pdf, 6 pages).

Les chapitres suivants seront publiés progressivement dans les jours à venir.

 
 

Après publication de cet article, Dassault Systèmes nous a fait parvenir les précisions suivantes :

[Votre article] laisse entendre que les émissions de gaz à effet de serre de Dassault Systèmes ont augmenté de 242,52% de 2017 à 2019, ce qui est très loin de refléter la réalité.

Il semblerait en effet que cette hausse découle d’une utilisation erronée des chiffres mentionnés dans nos rapports annuels de 2017 et 2019. En réalité, cette hausse est principalement dû au fait que le taux de couverture de notre reporting ait très largement augmenté.

Ces périmètres de reporting sont présentés sous le terme ‘Méthodologie du reporting environnemental’ dans nos rapports annuels (parties 2.2.5 pour 2017 et 2.5.2 pour 2019).

En voici un résumé :

Source d’émission de Gaz à effet de serre Taux de couverture du reporting 2017 Taux de couverture du reporting 2019
Scope 1 & 2 83% 73,1%
Achats de biens et services 25% (donnée 2016) 84,9%
Achats de biens d’équipements 25% (donnée 2016) 84,9%
Déplacements professionnels 96% 84,3%
Trajets domicile - travail 25% (donnée 2016) 85,4%

Comme vous pouvez le constater, votre comparaison concerne non seulement des périmètres très différents, et associe parfois même des années différentes (2016 pour l’achat de biens et services, l’achat de biens d’équipements et les trajets domicile – travail).

À titre indicatif, nous avons comparé nos émissions de gaz à effet de serre entre 2018 et 2019 (qui ont un périmètre similaire), visible au point 2.3.3 ‘Synthèse des indicateurs environnementaux’ du rapport annuel 2019. Il en ressort que notre intensité carbone a baissé de 6%, passant de 11,5 à 10,8 tCO2e / collaborateur entre 2018 et 2019.

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